Francis Tack

Je suis un voyageur passionné. Je n’avais pas 20 ans que j’étais parti en Stop en Egypte et en Tunisie, avec un boîtier photo. Mais c’est quelques années plus tard au Maroc où j’ai vécu 2 ans, que l’approche désertique, et notamment la fascination des dunes de sable s’imprima en moi à jamais.

La photographie et le voyage m’ont conduit autour du monde, me permettant la réalisation de différents reportages hauts en couleur.
Depuis quelques années, j’arpente les déserts du monde en une recherche incessante de couleurs et de graphismes peints sur les roches et les dunes par une sublime lumière,
Déserts où vivent, simplement mais noblement malgré l’extrême des conditions, des peuples venus du fond des âges qui participent de leur esthétique. Déserts qui nourrissent ma quête personnelle et mon inspiration de coloriste.

Les idées fausses sur le désert sont légion. Dans l’esprit de beaucoup, il ne rime qu’avec uniformité, néant, mirage, monotonie, … Et pourtant, le désert est vie, le désert est vibration, le désert est mouvement, la couleur en étant le principal agent.

L’appel des sables est il un mythe ? c’est sans hésitation que j’y ai succombé ! Une véritable obsession, la volonté de découvrir toutes les dunes, de parcourir tous les espaces de sable du Sahara à l’Atacama, de la Chine à l’Arabie Saoudite, afin de comprendre et de photographier les paysages, les formes et les couleurs des dunes, les hommes sédentaires qui vivent au pied des sables, les nomades qui les traversent, la flore et la faune des sables, …

Au gré de mes voyages, j’ai découvert les nomades du sel et les processions chamelières qui perdurent encore de la Mauritanie jusqu’en Ethiopie, en passant par le Niger et le Tchad, j’ai exploré les villages des bouts du bout du monde, dans ces déserts si arides que la vie reste suspendue à un fil, je me suis nourri de ces émotions, je me suis nourri de ma photographie au voyage des extrêmes.

Dernière parution

Magazine PARAMOTEUR +
Avril-Mai 2016
Texte et photo : Franck Simonnet

Portrait-Tack

Depuis de nombreuses années. Francis Tack poursuit sa quête de déserts et de dunes, parcourant les continents pour y découvrir de nouveaux paysages et d’autres visages. Ces travaux furent réunis dans deux ouvrages, Dunes et Rouge Désert, publiés en 2002 et 2005. Les sables sont une source d’inspiration inépuisable pour le photographe qu’il est.
Hélas, le survol des déserts à basse altitude n’est guère possible faute d’infrastructures aériennes dans la plupart des déserts du monde. C’est pour cette raison qu’il s’est intéressé au paramoteur dont il est breveté depuis 2008. Mais avant de partir en vadrouille avec son engin volant, il a fallu que l’idée fasse son chemin, Malgré son désir d’évasion, la technicité de la pratique l’a freiné dans son élan. Il lui fallait être suffisamment à l’aise en l’air avant de penser à autre chose, devenir pilote avant d’être photographe volant. Le déclic s’est produit lors d’un premier voyage en Tunisie. La beauté de ses clichés rendus possibles par la perspective aérienne l’a convaincu de la pertinence de son choix. Depuis lors, rien ne semble arrêter le chasseur de dunes.
Vous ne serez pas surpris d’apprendre que j’ai croisé pour la première fois Francis à la bordure tunisienne du Grand Erg Oriental. Sa grande silhouette et son envergure d’albatros sont inimitables. Affable et charismatique, ses qualités d’orateur n’ont pas leur pareil. Lorsqu’il conte ses innombrables tribulations, l’auditoire est captivé.
Il lui est arrivé des pannes techniques de toutes natures avec pour conséquence : un amerrissage de survie au milieu d’une rivière au Maroc, une panne moteur au-dessus des parcs à huitres à Marennes, un atterrissage forcé dans la boucle d’un canyon à Madagascar, suivi de quatre heures de marche en espace aride pour retrouver la civilisation… Et il y a bien d’autres péripéties qu’il distillera tout au long du séjour.
Quelques-unes sont plus marquantes comme s’être empêtré dans des fils électriques au Vietnam. De retour en métropole, ce spécialiste d’optiques et de lasers dans le civil, n’a pas hésité à subir une intervention de chirurgie rétractive au laser comme le font les soldats américains, Il a ainsi gagné quelques dixièmes et amélioré son acuité visuelle.
Sa convoitise des dunes l’a guidé au Brésil où, au Nordeste, se trouve un ensemble dunaire unique situé à l’équateur. Qui plus est, l’été, la pluie baigne les dunes. Mais c’est aussi la période des alizés. Avec le vent soufflant en journée à 40 km/h, la pratique du paramoteur est devenue plus qu’aléatoire et un incident grave en fin de parcours lui a rappelé que ce n’était pas un sport anodin! Cet épisode n’a pas remis en cause son envie de voler, et quand il évoque le paramoteur, il parle bien d’un sport physique et technique. Il court donc régulièrement pour rester en bonne forme, et quand il n’est pas en voyage, il s’entraîne à décoller et atterrir même s’il n’est pas un adepte des tours de piste. Son dernier séjour en Tunisie, à côtoyer des pilotes dont l’intérêt n’était pas que la photographie, lui a montré une autre facette du paramoteur. Rejoindra-t-il ceux qui aiment les vols de distance, les stakhanovistes du paramoteur comme il les nomme? Avant de repartir sous d’autres cieux photographier les grains de silice qui t’obnubilent, il partage avec nous sa dernière anecdote ;
« Nous franchissons plusieurs barrages militaires successifs où le coffre du véhicule est systématiquement ouvert. La côte méditerranéenne n’est plus très loin. À un énième contrôle, les sacs sont fouillés et le soldat en sort une bouteille… de Pastis qu’il montre triomphalement à ses deux collègues comme s’il avait trouvé l’objet compromettant. Avant qu’ils ne la boivent, car celle-ci est au trois-quarts pleine, je sors calmement de la voiture.
– Comment? De l’alcool? Mais non les gars, vous n’y êtes pas du tout. C’est un additif à l’essence, Vous voyez le bidon là, vous voyez le moteur du paramoteur. À raison de quelques pour cent, c’est indispensable pour que la machine fonctionne! Eh oui, débrouillez-vous avec la police qui m’a donné son accord… Ce n’est pas du Whisky les gars, sinon il n’y en aurait plus ! Pourquoi reviendrais-je avec une bouteille pleine? De toute manière, c’est ha-ram (interdit), non?
Notez qu’entre l’arabe et l’anglais, nous n’avons pas trois mots en commun pour communiquer. Je les laisse perplexes et remonte dans la voiture. Je les vois refermer les sacs et y replacer la bouteille. Quelque dix heures plus tard, nous buvons un apéritif bien mérité. En conclusion, paramoteur ou pastaga, il faut choisir !»
Si aujourd’hui Francis sait voler, sa quête n’a pas de fin et il continue l’aventure des sables sur son tapis volant.

Conférence

Desert-conf